Evolution statutaire et démocratie

Le débat sur la collectivité unique a pris un mauvais chemin. Tout est fait pour que le gouvernement siffle tout seul la fin du match!
Serge LETCHIMY était bien sympa de proposer un débat sur le projet de collectivité unique alors que la loi ne le prévoyait pas expressément.
Sinon, chacun pouvait s’adresser au gouvernement au titre de ses représentants au parlement ou lors de l’avis des conseils général et régional qui seront demandés avant le vote de la loi.
Si toutes les tendances ont pu s’exprimer au cours de la réunion de la commission mixte, on n’a jamais vu, dans le droit qui nous régit, une commission, fut-elle mixte, se substituer à l’organe ou aux organes qui l’ont mise en place.
Puisque Serge LETCHIMY avait choisi la voix de la participation démocratique la plus large, il était normal qu’il souhaite faire valider les options des élus réunis en commission, par la réunion d’un congrès.
Chacun sait que cette validation sera demandée par un vote à bulletin secret, qui va, par comparaison, mettre en évidence le défaut de démocratie des votes à mains levées d’un fameux congrès.
D’ailleurs, certains des contestataires de la réunion du congrès ne sont pas apparus comme des champions de la démocratie quand ils demandaient que les suppléants de la commission mixtes participent aux réunions, au mépris de la responsabilité et au profit de la confusion.
Si bien que les arguments opposés à la demande du président du Conseil régional sont dérisoires !
Ceux qui découvrent aujourd’hui que le temps presse devant la situation économique et sociale de la Martinique ont conscience tardive ! Le temps perdu ne vient-il pas du vote bâclé du congrès de décembre 2008, qui nous a lancé dans plusieurs mois de débats électoraux, urgents selon eux – RDM, MIM et allié-, tant, à leurs yeux, les Martiniquais souhaitaient le changement immédiat.
On connait le résultat ! Non à l’article 74 et oui à la collectivité unique.
Les mêmes se prétendent aujourd’hui les garants du respect des vœux des Martiniquais exprimés à leurs dépends le 10 et à nouveau le 24 janvier 2010.
Les mêmes accusent le président du conseil régional de nourrir des desseins cachés, fruits de leur imagination infertile.
Car, soyons sérieux !
Qui veut nous faire croire qu’en votant en 2010 sur deux textes de quelques lignes, au cours des deux consultations, les Martiniquais ont pensé adopter l’intégralité la future loi qui n’est pas encore rédigée ?
Qui veut nous faire gober que les Martiniquais ont renoncé, par leurs votes des 10 et 24 janvier, aux possibilités offertes par l’article 73 de la constitution ?
C’est précisément ce qu’ils ont demandé et continuent à demander : le maintien dans l’article 73, dans tout l’article 73.
Qui veut nous faire croire que les avancées que souhaite proposer « Ensemble pour une Martinique nouvelle » pourront sortir du cadre de l’article 73 sans que le gouvernement, qui proposera le texte de la loi sur la collectivité unique ou que les 577 députés et les 343 sénateurs, qui voteront la loi, s’en aperçoivent ?
Les oies du capitole local ne manqueront pas d’alerter la représentation parlementaire si le gouvernement se laissait abuser.
Qui va nous faire avaler qu’il vaut mieux créer la collectivité unique dans la précipitation plutôt que d’introduire dès maintenant, dans la loi, des compétences qu’on serait amené plus tard à demander par habilitation comme la constitution le permet ?
Or, la précipitation, c’est en fin 2008 que le chœur des pleureuses en a fait la preuve en demandant un changement de statut alors que la crise économique et sociale battait son plein et qu’ils avaient tous les rênes du pouvoir local, au Conseil général et au conseil régional, pour mener un véritable plan de relance économique qui nous aurait évité d’être plongés dans la crise budgétaire actuelle.
Allant jusqu’au bout du raisonnable, pourquoi le président du Conseil général, fort de son ancienneté et de son expérience, ne propose-t-il pas au président du Conseil régional de se mettre autour d’une table pour rapprocher dès maintenant les services des deux collectivités?
C’est possible puisque, comme ils disent, les martiniquais ont voté et que le changement est inéluctable.
C’est possible et ça permettrait de gagner un temps devenu si précieux.
Le devoir de tous les élus est d’œuvrer pour faire de la nouvelle collectivité un bon outil au bénéfice du développement de la Martinique.
Il appartiendra aux électeurs de désigner en temps utiles, ceux qui dirigeront cette nouvelle collectivité qui n’appartient qu’à l’ensemble des martiniquais.
Serge LETCHIMY a raison de continuer à tendre la main, dans l’intérêt du pays, même s’il doit être payé de morsures sournoises ou malignes et à solliciter la prise de parole la plus large, tout en continuant à agir sur la situation économique et sociale. Car la réponse au défis actuels n’est pas ou la réflexion sur les institutions, c’est-à-dire politique ou l’action économique, sociale et culturelle mais les deux en même temps.
Fort de la confiance qui revient dans le pays, disons haut et fort que démagogie n’est pas démocratie.
Louis CRUSOL
Suite de l’article : Serge LETCHIMY continue à prouver qu’il est un démocrate.
Depuis la rédaction des propos ci-dessus, Serge LETCHIMY a annulé son projet de réunion du Congrès. Il avait plusieurs solutions à sa disposition: l’une consistait à maintenir son projet et à constater, en début de séance, que les conditions n’étaient pas réunies pour la tenue d’un débat pluraliste et efficace.
Une autre solution est celle qu’il a choisie : renoncer à la réunion du congrès.
Que vont y gagner les pleureuses ?
Donner la parole publiquement serait déni de démocratie ? Un débat inachevé serait la démocratie ?
Cocorico, ils ont gagné de se taire et de fuir l’agora pour que leurs idées soient clandestines du peuple martiniquais !
Cocorico, ils ont gagné de ne pas voir leurs faiblesses affichées au grand jour d’un débat où la parole ne serait pas muselée et les votes violentés.
Louis CRUSOL

2 Réponses à “Evolution statutaire et démocratie”


  • Que pensez-vous du vote du sénat cette semaine ?
    Il n’y a rien qui prennent en compte le coup et le coût de la fusion…

  • Quels seraient les contre pouvoirs ? Quelles sont les garanties prévues pour éviter tant de pouvoir pour une seule organisation outre la sanction électorale.
    DRR

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